
Dès notre première rencontre, l’idée de prendre comme point de départ Seaven Teares de John Dowland – déclinaison de son célèbre Flow My Teares – s’est imposée. D’une part car cette chanson pour luth et voix appartient déjà à notre répertoire – et d’autre part car Flow My Teares est une pavane, une danse. Or, c’est également par la danse que nous proposons d’aborder l’œuvre de Dowland. La musique et la danse sont ici fondamentalement liées. C’est en croisant nos arts, avec la curiosité et le risque que cela induit, que nous imaginons notre rencontre sur le plateau – un concert qui glisse vers l’espace et le mouvement.
De cela découle la nécessité de trouver de nouveaux chemins pour mettre en mouvement les corps et faire sonner l’instrument. Non seulement la guitare – son poids et sa forme – peut donner lieu à un dialogue étonnant avec le corps, mais elle peut s’exprimer de manière inattendue par la gravité et la force centrifuge. Ainsi la guitare apparaît ici plus comme un partenaire que comme un objet inerte, elle est un personnage à part entière et cherche à entrer dans le mouvement.
John Dowland est sans doute le plus grand compositeur et luthiste anglais de la Renaissance. Dans les Seaven Teares, il déploie le motif de la larme, jusqu’à en faire une matière musicale à part entière. Il l’inscrit dans des lignes descendantes, dans des chromatismes qui semblent faire littéralement « couler » la musique. Les larmes de Dowland sont aussi celles d’une époque. La mélancolie traverse toute l’Angleterre élisabéthaine ; on la retrouve chez William Shakespeare comme plus tard chez Henry Purcell. Elle devient presque une esthétique du monde, une manière d’habiter l’incertitude d’un siècle bouleversé par les révolutions religieuses, scientifiques et philosophiques. L’être humain y découvre un monde en mutation et perd peu à peu les repères anciens. Dowland en est l’un des symboles les plus saisissants, jusque dans son autoportrait musical : Semper Dowland, semper dolens — « toujours Dowland, toujours souffrant ».
Où se loge la mélancolie ? Dans les plis de notre âme. Nous imaginons alors sur le plateau une scénographie de plis : une surface de trente-deux mètres repliée sur elle-même comme une étoffe, un boyau, une fraise. Pour que les corps s’égarent dans les plis de l’espace, tantôt aspirés ou rejetés par ses entrailles. Et qu’en se déployant, les plis révèlent les émotions enfouies. Une question essentielle émerge alors : la mélancolie est-elle nécessaire à la création ? John Dowland dans Seaven Teares a décliné en sept pavanes son œuvre signature. En suivant ses pas, nous empruntons sur le plateau la même démarche : surtout ne pas arrêter une forme, mais la voir prendre des plis différents.
Thibaut Garcia, Aure Wachter, Aurélien Bory
Avec
Thibaut Garcia & Aure Wachter
Scénographie, mise en scène Aurélien Bory
Direction musicale Thibaut Garcia
Chorégraphie Aure Wachter
Création lumière Arno Veyrat
Conception technique décor Pierre Dequivre et Pierre Pailles
Collaborateur artistique et technique Stéphane Chipeaux-Dardé
Construction du décor Pierre Pailles, Pierre Dequivre, Steve Duprez et Stéphane Chipeaux-Dardé
Costumes Gwendoline Bouget
Régie générale et plateau Thomas Dupeyron
Régie plateau Julien Launay
Régie lumière Arno Veyrat
Régie son Adrien Maury
Directrice des productions Marie Reculon
Presse Agence Plan Bey
Production Compagnie 111 – Aurélien Bory / Teatro Biondo di Palermo
Coproduction ThéâtredelaCité – CDN Toulouse Occitanie, La Philharmonie de Paris, Théâtre d’Orléans – Scène nationale, Cité Internationale de la Danse | Montpellier Danse + CCN Occitanie
Accueil en répétitions et résidences Théâtre de la Digue, théâtre Garonne, ThéâtredelaCité – CDN Toulouse Occitanie
La Compagnie 111 – Aurélien Bory est conventionnée par le Ministère de la Culture – Direction Régionale des Affaires Culturelles Occitanie. Elle est aidée au fonctionnement par la Région Occitanie / Pyrénées – Méditerranée au titre du dispositif d’aide aux opérateurs structurants et la Mairie de Toulouse. Elle reçoit le soutien du Conseil Départemental de la Haute-Garonne et de la Mairie de Toulouse pour certaines de ses créations. La Compagnie 111 reçoit le soutien de l’Institut Français pour certains de ses projets à l’international.