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TaoubTaoub

Une pièce d’Aurélien Bory par le Groupe acrobatique de Tanger
(création 2004)

D’où est venue l’idée de travailler avec des acrobates issus d’une autre culture que la vôtre ?

Ce projet n’est pas venu de moi. Sanae El Kamouni m’a rencontré au Théâtre Garonne à Toulouse, où elle faisait un stage, tandis que j’étais en création de Plan B. Elle a découvert ma façon de mélanger le cirque, le théâtre, les arts visuels et a été très intéressée par cette démarche. Elle m’a proposé d’écrire un spectacle au Maroc, où il existe des acrobates, mais aucune création. Je connaissais déjà l’acrobatie marocaine et je savais qu’elle était unique et remarquable. J’ai alors proposé de diriger un stage de deux semaines à Tanger, pour rencontrer des acrobates, et voir quel sens un tel projet pourrait prendre. Un mois après, je décidai d’écrire un spectacle qui n’utiliserait que du tissu comme support de chaque scène, je voulais une scénographie mobile, fragile en rapport avec Tanger. Le titre vient de là, TAOUB, « tissu » en arabe.

Comment avez-vous rencontré les artistes ? Pourquoi les avoir choisi eux particulièrement pour cette collaboration ?

Nous avons organisé des auditions pour ce stage partout dans le Maroc, l’acrobatie étant surtout présente au sud, et à notre grande surprise, nous avons trouvé beaucoup d’acrobates à Tanger. Les premiers à s’être présentés étaient les Hammich, venus à quatre, dont deux filles, et aussi quelques amis. Ils était tous de très bon acrobates, et j’ai voulu composer un groupe à partir de ce noyau en privilégiant le fait qu’ils se connaissaient depuis longtemps, même s’ils n’étaient pas constitués en groupe. C’est ce « tissu » familial, cette organisation en groupe qui m’intéressait alors. Sanae et moi avons décidé de leur donner un nom après la création de Taoub : le Groupe acrobatique de Tanger.

 

Quel souvenir gardez-vous de cette rencontre ?

Le décalage de départ. Ils n’avaient jamais abordé de près ou de loin ce genre de choses et n’adhéraient que timidement avec ce que je leur proposais. Tout a changé quand je leur ai demandé d’amener leur famille et leurs amis pour une présentation du travail. Ils ont compris alors par les yeux des autres ce qu’ils faisaient eux-mêmes. Lorsqu’ils ont entendu leurs proches rire, être touchés, ça a été un déclic.

Dans le spectacle, on sent vraiment le résultat d’un véritable échange entre votre savoir-faire et le leur. Comment avez-vous fait, concrètement, pour en arriver à ce résultat ?

Je voulais qu’ils comprennent que je n’allais pas utiliser leurs numéros, qu’on allait inventer de nouveaux mouvements en déclinant leur savoir faire. Ils me voyaient réfléchir, improviser et essayer de trouver des idées, qui découlaient de leurs capacités. Je voulais avant tout qu’ils soient acteurs et témoins d’un processus de création, et non de la répétition d’une forme fixe. De ce fait, je ne me situais pas en comparaison avec leurs numéros, mais sur une autre voie. je leur expliquais que ce n’était pas du cirque que nous faisions là, mais bien du théâtre. Ils ont adhéré.

La baraka marocaine est une puissance divine, une force mystique présente dans les mots, les choses et les êtres. L'art maîtrisé des acrobates marocains en est la manifestation.

 Zakaria Rhani

le-figaroscope

La fabrique à images
19 décembre 2007

Au Maroc, l’acrobatie, à ses origines, était une tradition guerrière. Transmise de génération en génération, elle est devenue une pratique artistique qui n’avait, jusqu’à présent, jamais fait l’objet d’une création théâtrale. Aurélien Bory, metteur en scène, a rencontré à Tanger douze très bons acrobates, dont le noyau est composé par la famille Hammich, acrobates de pères en fils depuis sept générations. Taoub qui signifie « tissu » est leur premier spectacle. Du jamais-vu ! Les corps des acrobates, comme les fils d’une même étoffe, s’assemblent pour conter des pans d’histoire, intime, sociale, culturelle et universelle.

Sue un plateau vide, avec pour seul accessoire, des tissus blancs, mobiles et transformables, tout à tour, sol, toile, couverture, tente, trampoline ou vêtement, ils rendent hommage à la femme, modifient leur identité, habitent des territoires oniriques ou réels, renouent avec les défis acrobatiques et les fêtes traditionnelles. Indissociable l’un de l’autre, chaque acrobate est le maillon d’une véritable fabrique à images. Artisans habiles, ils savent tisser des univers homogènes avec les matériaux les plus divers : le corps, le textile, la vidéo, la lumière, la voix et la musique.

Critique

Taoub est un voyage kaléidoscopique à travers le Maroc. Aurélien Bory, sans jamais instrumentaliser le savoir-faire des acrobates, invente des situations ludiques et novatrices, qui lèvent les clichés véhiculés sur ce pays. Au départ membres d’une confrérie austère, la troupe change de costumes pour enfiler ceux d’hommes et de femmes d’aujourd’hui. En jouant avec la lumière, la vidéo et la manipulation de tissus, elle emmène le public dans une diversité de paysages, montagne, désert, ciel ou même fête foraine. La poésie et la fantaisie des situations, la rigueur de la mise en scène, le talent et la complicité des acrobates, la beauté des chants traditionnels sont quelques uns des facteurs réjouissants de ce spectacle, qui tourne à travers le monde depuis trois ans.

 

Dominique Duthuit

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 Proverbe chinois

distribution

Créé en juin 2004 au festival Les Nuits de la Méditerranée à Tanger (Maroc)

Avec : Jamila Abdellaoui, Jamal Benali, Adel Chaaban, Mohammed Achraf Chaaban, Abdelaziz El Haddad, Najib El Maimouni Idrissi, Amal Hammich, Mohammed Hammich, Younes Hammich, Samir Lâaroussi, Yassine Srasi, Younes Yemlahi.
Et en régie : Joël Abriac ou Cécile Hérault

Ecriture et mise en scène : Aurélien Bory
Assistant à la mise en scène et technique vidéo : Pierre Rigal
Trampoline : Julien Cassier
Création lumières : Arno Veyrat
Régie et régie générale : Joël Abriac ou Cécile Hérault
Costumes : Mahmoud Tabit Ben Slimane
Direction et diffusion Scènes du Maroc : Sanae El Kamouni

Administration et production des tournées Compagnie 111 :
Directrice des productions : Florence Meurisse
Administratrice de production : Christelle Lordonné
Chargée de production : Marie Reculon
Développement en international : Barbara Suthoff
Presse : Dorothée Duplan et Flore Guiraud assistées d’Eva Dias (Plan Bey)

Production :  Institut français du Nord

Avec le soutien de : Compagnie 111, Organisation Internationale de la Francophonie, Ferme du Buisson – scène nationale de Marne la Vallée.
Avec l’aide du Service de coopération et d’action culturelle de l’Ambassade de France au Maroc.
Scènes du Maroc bénéficie des soutiens de la Fondation BNP Paribas, la Fondation BMCI, l’Institut Français du Maroc.

Une des spécificités de l'acrobatie marocaine est celle d'être en cercle. Je suis fasciné par la manière dont elle tord le corps et lui fait quitter la ligne droite et permet ainsi le continuum. Là où toutes les acrobaties du monde s'arrêtent, l'acrobatie marocaine continue.

 Aurélien Bory