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Géométrie de caoutchoucGéométrie de caoutchouc

PIÈCE D'AURÉLIEN BORY POUR UN CHAPITEAU
(création 2011)

Dans Géometrie de caoutchouc, le chapiteau est une grotte, il est une montagne, il est une mer, il est un ciel. Nous parcourons ces espaces, et avec eux notre rapport au monde, des cieux aux sous-sols. Cet espace de caoutchouc est instable, les couples, hommes et femmes, sont tenus à ces variations, à ces tumultes. Que nous racontent-ils alors, ces corps et ce chapiteau ? L’espace nous modèle, il est plus fort que nous. Nous pouvons courir sur les sommets, tutoyer les étoiles, faire tout ce que l’espace nous permet, nous disparaîtrons. L’espace nous porte, puis l’espace nous engloutit. Dans ce laps de temps se situe l’humanité.

Aurélien Bory, septembre 2012

 

"La loi qui porte l'espace" tel devrait être le titre approprié de l'un de mes futurs tableaux.

 Paul Klee

Propos d'Aurélien Bory
interviewé par Manuel Piolat Soleymat – Avril 2011

Chacune de vos créations naît d’un questionnement sur l’espace. Sur quelle exploration scénographique Géométrie de caoutchouc se fonde-t-elle ?

Le point de départ est le chapiteau lui-même. J’ai voulu l’envisager littéralement, faire une sorte d’étude de cet espace. J’ai alors pensé qu’il fallait le mettre au centre de la scène, et m’est venu alors l’idée de prendre comme décor une réplique en modèle réduit du chapiteau dans lequel nous sommes.

Pour vous, le théâtre est donc essentiellement un art de l’espace…

Oui. Dans mon travail, tout se décline à partir de l’espace. Ceci vaut également pour la dramaturgie. Aujourd’hui, avec Géométrie de caoutchouc je garde le chemin que j’emprunte depuis plusieurs spectacles : partir de « l’existant ». Ici, l’élément existant, c’est le chapiteau. Cet objet a une nature et une histoire plus larges que ses connotations habituelles. Savez-vous par exemple que le mot scène vient du grec skene, qui veut dire « tente » ? Le théâtre a donc commencé en dressant une tente…

Une représentation qui, placée à l’intérieur de son double, explore la dimension d’objet gigogne…

L’idée est de présenter un contenant qui est lui-même contenu, une sorte de mise en abîme qui touche à la notion de vide. Quand on réfléchit à l’espace, la question du vide est toujours très présente. Je me suis souvent dit que l’art est peut-être cette activité qui vise à créer du vide pour que le spectateur puisse remplir ce vide avec son imaginaire.

De quoi se composent les scènes de Géométrie de caoutchouc ?

De la mise en mouvement du chapiteau miniature par les huit acteurs, qui prennent à bras le corps cet espace de caoutchouc, dans toute sa malléabilité. Ils l’accompagnent dans ses élévations, et ses affaissements, ce qui peut faire penser au théâtre de marionnettes. J’ai voulu travailler sur l’idée du merveilleux, qui est par nature insaisissable, et dont l’espace du chapiteau est pourtant la promesse…

Une analogie se crée entre le corps de ces acteurs et la toile du chapiteau…

Oui, il y a une porosité entre la scénographie et les acteurs. Comme dans tous mes spectacles, à un certain moment, les objets peuvent devenir des acteurs et les acteurs des objets. Les artistes présents sur scène  ont tous des formations de circassiens. Leur jeu est très physique. Leur corps est alors aussi une géométrie de caoutchouc. Il existe des plis chez l’humain, comme il en existe dans la toile. Ce sont, l’un comme l’autre, des endroits fragiles…

D’une certaine façon, ce spectacle est une manière d’envisager le chapiteau comme un espace de modernité, un espace de création contemporaine…

J’aime décaler, détourner les attentes… Idéalement, j’aimerais que Géométrie de caoutchouc suscite autant de lectures que de spectateurs présents. J’essaie de laisser une grande place au spectateur. Finalement, c’est lui qui finit l’œuvre.

On retrouve ici, l’attention particulière que vous accordez à l’imaginaire…

L’expérience de l’imaginaire est avant tout une expérience humaine. J’essaie dans mes spectacles que l’imaginaire soit lié à toutes les lois physiques qui nous entourent. La scène est l’un des seuls domaines de l’art où l’on ne peut pas échapper aux lois de la mécanique générale.

Il n'est pas besoin à l'homme d'autre chose que ses pieds pour qu'il trébuche, car sa misérable pierre d'achoppement, chacun la porte en soi.

 Heinrich Von Kleist

danser

Aurélien Bory : Géométrie de Caoutchouc
03 septembre 2012

Paris / Parc de La Villette

Quand dans votre maison habite déjà une autre maison, dans laquelle des deux allez-vous danser ? Quand dans votre chapiteau habite déjà un chapiteau habité, comment allez-vous faire circuler sa quadrature ? Ici, dans la géométrie d’un match de boxe, le public est déjà assis sur les quatre côtés. mais chacun n’en voit qu’un seul. Au début en tous cas.

Aurélien Bory aime les défis formels et architecturaux, travaillant soit avec des matériaux qui imposent leur rigidité (Plan B), soit avec des supports qui se dérobent aux acrobates-danseurs (Taoub). Et comme son nom l’indique, Géométrie de caoutchouc met en scène le passage de l’un à l’autre. 

Un groupe de huit humains va naître sous cette tente blanche qui occupe le plateau. Chacun tente de l’escalader, de la maîtriser. Glissades, luttes, efforts collectifs. Et finalement, disparition. Le caoutchouc avale ce qu’il avait donné : la vie. Devenu agrès, le chapiteau impose son rythme. Le toit s’envole tel un cerf-volant et le groupe tire sur les cordes pour le transformer en oeuvre d’art.

Imperceptiblement, la chorégraphie naît de cet effort solidaire qui s’adresse à l’utopie céleste d’une blancheur immaculée. Entre chorégraphie, arts du cirque et arts plastiques, Aurélien Bory, imperturbable, continue de tracer sa route.

 

Thomas Hahn

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J'imagine un spectacle où c'est le lieu même qu'on viendrait voir.

 Aurélien Bory

distribution

Création le 11 octobre 2011 au Grand T à Nantes

Avec
Mathieu Bleton, Raphaëlle Boitel, Olivier Boyer, Pierre Cartonnet, Claire Cordelette (qui remplace Marlène Rostaing), Sarah Cosset, Cécile Fradet (qui remplace Yu Yingchun), Nicolas Lourdelle

Conception, scénographie et mise en scène Aurélien Bory
Création lumière Arno Veyrat
Musique Alain Kremski
Mixages additionnels Joël Abriac
Collaborations artistiques Pierre Rigal, Albena Dimitrova, Olivier Alenda
Assistante à la mise en scène Sylvie Marcucci
Régiseur général Arno Veyrat
Régisseurs plateau Tristan Baudoin, François Saintemarie
Régiseur lumière Séverine Anselmo
Régisseur son Joël Abriac ou Stéphane Ley
Enregistrement studio Charles Eddi
Décor Pierre Dequivre
Construction décor Atelier La Fiancée du pirate – Toulouse
Costumes Sylvie Marcucci

Production, administration, diffusion Florence Meurisse, Christelle Lordonné, Marie Reculon
Presse Dorothée Duplan, Agence Plan Bey

Production compagnie 111- Aurélien Bory

Coproduction
Le Grand T théâtre de Loire-Atlantique/Nantes, TNT – Théâtre National de Toulouse Midi-Pyrénées, Parc de La Villette/Paris, CIRCa Auch Gers Midi-Pyrénées, Cirque-Théâtre d’Elbeuf – Centre des arts du cirque de Haute-Normandie, Théâtre Firmin Gémier La Piscine – Pôle national des arts du cirque/Antony, Bonlieu – Scène nationale/Annecy, Le Volcan – Scène nationale/Le Havre, Le Parvis – Scène nationale de Tarbes-Pyrénées, Théâtre de Caen.

Résidences L’Usine – scène conventionnée pour les arts dans l’espace public/Tournefeuille Toulouse Métropole, Le Grand T théâtre de Loire Atlantique/Nantes
Avec la participation du Théâtre Garonne scène européenne/Toulouse
Soutiens Ministère de la Culture et de la Communication – Direction Générale de la Création Artistique