Les sept planches de la ruse

d’Aurélien Bory avec des artistes de Dalian (2007)





La danse comme des mathématiques par Rosita Boisseau   01 Février 2008, France



La danse comme des mathématiques

Aurélien Bory propose « Les Sept Planches de la ruse » au Théâtre de la Ville. Une variation autour d'un jeu chinois

Le titre faisait rêver à chaque fois qu'on passait devant une affiche du spectacle dans le métro. Les Sept Planches de la ruse, pièce conçue en Chine par le jongleur et metteur en scène Aurélien Bory, ressemblait à une formule magique propice à des scénarios rocambolesques, entre kung-fu, manga et western asiatique. De quoi s'agit-il ? Sur le plateau du Théâtre de la Ville, à Paris, sept gros blocs sombres aux formes géométriques glissent sur un tapis noir et remplissent l'espace. Autour de ces masses pesant quelques centaines de kilos chacune, quatorze interprètes chinois s'activent à petits pas. Ils les poussent, les font ricocher lentement, construisant et déconstruisant des architectures abstraites aux arêtes vives. Ces sept blocs correspondent aux sept pièces d'un jeu ancien chinois, type casse-tête, qui donne son titre au spectacle : les sept planches de la ruse, le qi qiao ban, autrement dit le tangram. Il se pratique avec cinq triangles, un carré et un parallélogramme aux tailles variées, qu'Aurélien Bory a grossi comme pour des joueurs géants. Le résultat scénique est un ballet acrobatique d'objets dont la méticulosité de manipulation est extrême. Un millimètre de décalage et le cube tombe à côté du triangle. Alternativement, on est suspendu aux interprètes en train de surveiller la rotation des pièces, puis fasciné par la pointe d'un triangle en train de chuter sur la tranche d'un rectangle.

C'est à Dalian (Chine) qu'Aurélien Bory a recruté ses acteurs, experts de l'Opéra de Pékin (mixte d'acrobatie, d'arts martiaux, de danse et de chant). Ils sont âgés de 18 à 58 ans. Sept sont retraités et c'est finalement leurs cheveux blancs, leurs visages un peu fanés, qui donnent à ce spectacle d'une grande beauté formelle sa dose de vulnérabilité. Une note de perplexité aussi, quant à l'exactitude des calculs mathématiques qui déterminent l'équilibre des pièces. Puzzle, jeu de construction proche de l'enfance (Aurélien Bory a d'abord travaillé sur une maquette), travail de marqueterie à grande échelle, Les Sept Planches de la ruse décline tous les assemblages possibles des morceaux. Là est sans doute la limite du système qui, une fois enclenché, perpétue sa ligne de conduite en y accrochant de très jolies acrobaties. Et la ruse au fond là-dedans ? Peut-être réside-t-elle dans une articulation aiguisée de concepts éloignés. L'artisanat, le travail manuel des acrobates, proches de bâtisseurs, fait l'objet d'un traitement design, accentué par des lumières opalescentes. L'abstraction des volumes évoque aussi des images concrètes : soulèvements volcaniques, glissements de plaques tectoniques, construction de pyramides... On peut donc s'amuser avec ce Sept Planches de la ruse qui donne une envie: aller acheter un jeu de tangram pour apprendre ses règles.

 

Rosita Boisseau

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